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B] Le Conseil Général du Pas De Calais : fidélité et ascension politique d’Alphonse Pierre De Cardevacque : 1) Historique du Conseil Général du Pas De Calais : Les prémices du Conseil Général du Pas De Calais commencèrent dès les premiers mois qui suivirent la Révolution Française. Tout d’abord les départements, ainsi que les districts et les cantons, furent créés par les lois des 22 décembre 1789 et 8 janvier 1790. Le Conseil Général du Pas De Calais fut institué par la loi du 28 pluviôse an VIII, en même temps que les Conseils Généraux des autres départements français. Le gouvernement choisissait alors pour le Pas De Calais vingt quatre membres pour une durée de trois ans et était le seul habilité à leur autoriser un mandat supplémentaire. Le premier président du Conseil Général du Pas De Calais fut Jacques Vaillant de 1800 à 1810. Ensuite nommés pour cinq ans (sénatus-consulte du 16 thermidor an X), ils furent par la suite désignés par élection pour une durée de neuf ans, renouvelés par tiers tous les trois ans et rééligibles. Côté pouvoir, le Conseil Général du Pas De Calais n’avait que peu d’importance et ne jouait pas un grand rôle politique. C’est la troisième République qui va réellement développer les prérogatives du Conseil Général du Pas De Calais. La loi du 10 août 1871 permet aux Conseils Généraux d’accéder à l’autonomie grâce à plusieurs faits marquants et démocratiques : le président doit être élu, et non plus nommé, à la majorité absolue, et surtout au scrutin secret, lors de la première session qui suit le renouvellement triennal ; les conseillers généraux sont élus pour une durée de neuf ans au suffrage universel. Toutefois la troisième République donne toujours la prééminence au préfet qui détient le pouvoir exécutif dans le département et interdit au Conseil Général de formuler tout vœu politique.Alphonse Pierre De Cardevacque connut différentes périodes du Conseil Général et y tint une place très importante dès son accession et au fil de sa carrière dans cette institution départementale. 2) La stabilité électorale du conseiller général Alphonse Pierre De Cardevacque : Représentant le canton de Bertincourt , Alphonse Pierre De Cardevacque est présent au Conseil Général du Pas De Calais de 1847 à sa mort en 1892. Il est donc, pour la période étudiée, l’un des plus fidèles représentant de la fonction de conseiller général du Pas De Calais. Alphonse Pierre De Cardevacque déjà maire de la commune d’Havrincourt, suit le chemin typique des autres conseillers généraux du Pas De Calais et de France. La place de conseiller général est très prisée pour plusieurs raisons : tout d’abord, pour les maires des villages, elle permet d’accroître leur rôle politique dans leur commune en paraissant encore plus comme une personnalité respectée dans le village mais aussi dans le canton. De plus, le conseil général peut permettre d’étendre les pouvoirs et l’influence et pourquoi pas de prétendre à des responsabilités plus élevées au sein de l’appareil politique français. Nombre de conseillers généraux du Pas De Calais de la période sont ainsi devenus députés, sénateurs ou même ministres. La place de conseiller général permet de mobiliser un électorat plus vaste que l’électorat communal, de s’immiscer dans la vie politique départementale et de représenter sa famille politique au niveau du département. Alphonse Pierre De Cardevacque représente ainsi sa famille politique pendant plus de quarante années : élu pour des mandats de neuf ans, il appartient au début de sa carrière à la famille orléaniste, puis orléano - légitimiste au début de l’Empire et, suite à son ralliement à Napoléon III, à la famille bonapartiste qu’il représente jusqu’à sa mort. Les bonapartistes sont majoritaires au Conseil Général du Pas De Calais jusqu’en 1881, date du renversement de majorité au profit des républicains qui parviennent à élire le premier président républicain du Conseil Général du Pas De Calais : Edouard Devaux (1819-1884) qui resta à ce poste durant deux années : 1881 et 1882. Toutefois les bonapartistes sont encore très présents, ils détiennent en effet, en 1883, treize circonscriptions, donc plus que les légitimistes (sept circonscriptions) mais moins que les républicains (vingt-cinq circonscriptions) . Parmi les bonapartistes membres du Conseil Général du Pas De Calais, Alphonse Pierre De Cardevacque avait d’illustres partenaires politiques : Victor Hamille, conseiller général de Campagne-lès-Hesdin en 1871 et président du Conseil Général de 1871 à 1879, élu député de la circonscription de Montreuil-sur-Mer en 1876, 1877 et 1881 puis élu sénateur le 6 janvier 1885 ; Alexandre Adam, issu d’une grande famille de banquiers de Boulogne-sur-Mer, maire de cette commune, conseiller général à partir de 1831, secrétaire du Conseil Général de 1832 à 1841, président élu de 1842 à 1847 puis nommé par Napoléon III de 1852 à 1866. Alphonse Pierre De Cardevacque était un membre actif du Conseil Général du Pas De Calais et il participait activement aux projets de lois et discussions qui eurent lieu pendant son passage prolongé. Parmi ceux-ci analysons plus particulièrement la session d’août 1884 où le marquis d’Havrincourt proposa un amendement en faveur de la création d’une école pratique d’agriculture dans le Pas De Calais. En effet le département, comme le note le rapport du préfet, « a une population agricole s’élevant à 43% de sa population totale, soit plus de 350 000 agriculteurs » et il « ne devait pas hésiter à la doter de tous les moyens d’instruction propres à améliorer son sort en augmentant la richesse du pays » . Le préfet souligne donc l’importance et la nécessité pour le Pas De Calais, département agricole, de posséder une école pratique d’agriculture. Alphonse Pierre De Cardevacque proposa son projet aux membres du Conseil Général. Il souligne qu’il existe, dans le département, un enseignement agricole à l’école normale d’Arras et quelques cours dispensés dans les écoles primaires communales mais cela ne suffit pas. Il relate les lacunes rencontrées par les agriculteurs et les jeunes propriétaires qui même s’ils « sont bacheliers ès lettres ou bacheliers ès sciences, qu’ils sortent de l’Ecole de Saint-Cyr et même de l’école polytechnique, ne savent pas un mot de ce qu’il faudrait savoir pour administrer des terres » . Il fait ensuite l’apologie de la carrière agricole « il n’y a pas, en effet, de carrière plus intéressante et où l’on puisse mettre plus de science » . Il propose comme solution de louer une ferme (et non d’en acheter une comme le supposait le rapport du préfet, ce qui coûtait plus cher au département) et d’y installer pour une période d’essais les professeurs et les employés. De plus, il préconise la nomination d’une commission présidée par le préfet, ayant pour adjoints le professeur d’agriculture (Monsieur Comon) et le directeur de la Station agronomique du département, et composé de sept membres du Conseil Général du Pas De Calais. Cette commission a pour but « d’étudier les moyens les plus pratiques de créer cette école et de présenter un rapport au Conseil Général lors de la session d’avril 1885 » . L’amendement d’Alphonse Pierre De Cardevacque est approuvé et voté à l’unanimité par le Conseil Général. Le marquis d’Havrincourt fit partie des sept membres nommés par le Conseil Général pour siéger à la commission, en compagnie de messieurs de Lhomel, Boulanger, Deusy, Petit, Brémart et Guilbert. Lors de la session d’avril 1885, le Conseil Général vota l’acquisition d’une ferme à Berthonval : elle ouvrit ses portes aux 22 premiers élèves de l’école pratique d’agriculture le 28 janvier 1886. Cet exemple, parmi d’autres très nombreux, de l’intervention et de la participation d’Alphonse Pierre De Cardevacque à un projet du Conseil Général, montre que le marquis d’Havrincourt ne se contente pas d’être un membre du Conseil Général, mais y participe également en essayant d’y apporter son expérience agricole et politique. Ce travail exemplaire, depuis son accession au poste de conseiller général de Bertincourt en 1847, valut à Alphonse Pierre De Cardevacque de nombreux postes prestigieux et de première importance au Conseil Général. 3) La consécration départementale : la présidence du Conseil Général : Alphonse Pierre De Cardevacque devient assez rapidement un des piliers du Conseil Général : dès 1848, soit seulement un an après son élection, il est élu par ses collègues secrétaire général ; il est ensuite vice - président de Alexandre Adam en 1862. Il accède à la consécration départementale, la présidence du Conseil Général, le 14 août 1867, par nomination de l’empereur Napoléon III et en remplacement de Alexandre Adam en poste depuis le début de l’Empire en 1852. L’empereur lui renouvelle sa confiance en 1868 et en 1869. Il fut remplacé par Louis-Joseph Martel en 1870. Toutefois il ne quitte pas pour autant la présidence du Conseil Général et retrouve ce poste en 1880 à la suite d’une élection difficile pour le remplacement de Victor Hamille en poste depuis 1871. Cette élection fut âpre et le marquis d’Havrincourt ne remporta la présidence qu’au bénéfice de l’âge (il avait alors 74 ans) après trois tours de scrutin très disputés . En 1881, il cède sa place au premier président républicain du Conseil Général du Pas De Calais, Edouard Devaux. Alphonse Pierre De Cardevacque reste donc dans l’histoire du Conseil Général du Pas De Calais comme le dernier président bonapartiste. Mais la carrière politique d’Alphonse Pierre De Cardevacque ne se limite aux cadres départementaux : premier magistrat d’Havrincourt, conseiller général de Bertincourt, secrétaire général, vice-président et président du Conseil Général du Pas De Calais ne sont pas les seules fonctions politiques exercées par le marquis d’Havrincourt durant la période. En effet celui-ci parviendra, à plusieurs reprises et sous des régimes différents, à embrasser une carrière politique nationale.
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